«O h ! C’est beau ! Mais c’est qui en fait ? »
Lorsque je réponds à la question du spectateur, le réflexe est sans appel: un profond dégoût. A plusieurs reprises, j’ai constaté ce même basculement. Certains s’inquiétent :« Mes enfants ont pris des bonbons dans le distributeur…»
Marc Dutroux
Mosaïque de Bonbons Car en sac
& Distributeur de Bonbons
121 X 185 cm
Vue D’installation
Château de Servières – Marseille
2010
Emile Louis
Mosaïque de Bonbons Dragibus
& Ditributeur de Bonbons
121 x 185 cm
Vue d’Installation Château de
Servières – Marseille
2010
Le choix du bonbon comme matériau n’est pas anecdotique. Objet de récompense, de plaisir immédiat et de séduction visuelle, il est profondément associé à l’enfance et à l’innocence. Il est aussi porteur d’un interdit fondateur : celui transmis dès le plus jeune âge — ne pas accepter de friandise d’un inconnu. En devenant unité picturale, le bonbon bascule du registre de l’objet consommable à celui de l’image construite. Assemblé en mosaïque, il perd sa fonction première pour devenir un signe chargé de sens.
Cette transformation opère un déplacement : ce qui attire devient suspect, ce qui rassure devient menaçant. Le bonbon associé au portrait fonctionne alors comme un opérateur critique, révélant la fragilité des mécanismes de confiance et de séduction à l’œuvre dans les images contemporaines. La mosaïque, par son principe d’accumulation, renforce cette ambivalence : la répétition du même matériau produit une image lisible mais aussi une saturation qui rend perceptible le malaise qu’elle contient.
L’image ne cherche pas à illustrer un propos moral mais à activer une mémoire collective, intime et éducative. En convoquant cet interdit d’enfance, le travail place le spectateur dans une position inconfortable, où l’acte de regarder devient un acte engagé. L’image agit ainsi comme un vecteur de pensée, révélant comment des objets ordinaires peuvent devenir des dispositifs de séduction, de dissimulation et d’alerte.